Concert Toots & The Maytals à Marseille le 5 juillet 2017

5 mercredi juillet 2017

20h30

Espace Julien Espace Julien

27.00 €

Zoom sur l'artiste

Plus d'infos sur le concert Toots & The Maytals à Marseille 6è arrondissement

On pourrait dire que Toots est une légende. Mais ça ne serait pas tout à fait vrai : une légende, ça n'existe pas. Et Frederick « Toots » Hibbert, lui, existe bel et bien. C'est même à lui que l'on doit le terme « reggae », dont l'origine remonte au fameux single « Do The Reggay », chanté avec son groupe les Maytals en 1968, annonçant une nouvelle décennie qui vit l'éclosion internationale de Bob Marley & The Wailers et l'explosion de cette musique surgie de l'ile aux mille chanteurs.

Toots, lui, est un rocker. Un vrai. Il nait en 1942 à Clarendon, grandit à la campagne et monte à Kingston au début des années 1960. « Je me souviens que gamin, on écoutait du calypso. Et puis le ska est arrivé ». Toots rencontre le producteur phare de la Jamaïque, Clement « Coxsone » Dodd. « Il m'a demandé ce que j'avais en stock. Et j'ai fait avec lui "Six And Seven Books Of Moses", comme ça, d'un seul coup", se souvient-il. À la jamaïcaine : One shot, good shot. « C'était simple à l'époque : Tu sais jouer ? Joue ! Tu sais chanter ? Vas-y, chante ! Et pas d'erreur, car on n'a pas le temps de le faire deux fois. C'était ça, les années ska ».

Les singles se suivent et marquent les esprits : « 54-46 That's My Number », inspiré par son passage en prison pendant 18 mois pour possession de ganja. Puis « Monkey Man » (qui sera repris par les Specials), « Bam Bam », « Time Tough », « Peeping Tom », toujours avec la même fougue. Sa rencontre avec Leslie « King » Kong, un autre producteur de talent, sera décisive dans la création de ce nouveau rythme dont il devient un des héros : le reggae.

Puis Toots fait la connaissance de Chris Blackwell, le boss d'Island Records, qui lui fait enregistrer Funky Kingston, un album puissant où il excelle avec sa reprise du standard de Richard Berry « Louie Louie » et ses compositions explosives comme « Pomps And Pride » et « Pressure Drop », un classique immarcescible qui sera plus tard repris par The Clash. Il se retrouve dans la BO du film The Harder They Come, avec dans le rôle principal Jimmy Cliff, qu'il admire (« Jimmy, Bob, Joe Higgs, Ken Boothe, Burning Spear, tous ceux qui font du bon reggae jamaïcain, je les adore ! »). Dans une scène du film, on voit Toots & The Maytals en studio chanter « Sweet And Dandy », sous le regard attentif du producteur Leslie Kong.

In The Dark, Reggae Got Soul, Pass The Pipe, Knock Out : Toots & The Maytals enchainent les albums et parcourent le globe, répandant le gospel roots rock reggae. Aux USA, ils jouent en première partie des Eagles, des Who, de Linda Ronstadt et surtout des Rolling Stones qui sont parmi ses plus grands fans. En 1980, Toots entre même dans le Guinness Book des Records avec son live londonien à l'Hammersmith Palais : le lundi 29 septembre à 21h, il donne un concert, dont l'album sera pressé dans la nuit et distribué dans les magasins 24 heures plus tard. « J'adore donner des concerts. Paris fait partie de mes villes préférées, le public réagit à mes chansons comme celui de la Jamaïque ! » s'exclame-t-il. « Et mon inspiration vient des gens de tous les jours, de Dieu aussi, qui m'a donné ce talent ».

Les années 2000 voient Toots continuer son tour du monde et confirmer son goût pour les rencontres musicales. Avec True Love en 2004, il réarrange ses morceaux les plus connus en compagnie d'artistes rock américains comme Willie Nelson, Keith Richards, Bonnie Raitt et Eric Clapton, et gagne le Grammy Award du meilleur album de reggae.

En 2016, après trois ans d'absence scénique suite à une sérieuse blessure à la tête lors d'un concert à Richmond (il a reçu une bouteille de vodka sur le crâne alors qu'il chantait « Country Roads »), Toots est de retour. À 74 ans, ce pionnier du ska, du rocksteady et du reggae n'a rien perdu de sa fougue, et sa voix rauque sonne avec la même énergie que lorsqu'il entra pour la première fois dans le mythique Studio One de Coxsone. Toujours entre la scène et le studio, un micro à la main, Toots écrit sa propre légende. Celle d'un performer influent et humble, comme seuls les grands artistes savent l'être.

Olivier Cachin