Exposition Histoire(s) de René L. Hétérotopies contrariées à Marseille du 18 juin au 5 septembre 2021

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Histoire(s) de René L. Hétérotopies contrariées

Du 18 juin au 5 septembre 2021
Bâtiment Georges Henri Rivière—fort Saint-Jean

Ce sont dans ces tas de papiers « à jeter », ces strates délaissées, que notre regard a buté un jour de visite de bâtiments asilaires destinés à la destruction. La grande pièce qui fut pendant un siècle un dortoir collectif d’agités est devenue le réceptacle d’un ensemble de cartons. Là, contre un mur de cette salle de cet hôpital psychiatrique, on a trouvé d’épais rouleaux de papiers. Déroulant ces feuilles, sont apparus des dizaines de dessins, les uns tracés seulement au crayon noir, les autres coloriés consciencieusement.

Qu’étaient ces dessins ? Le produit d’un atelier thérapeutique ? Des œuvres d’art brut ? Des archives ? Des signes énigmatiques laissés par un individu se prénommant René—chacun des dessins était signé.
René Louis L. est né à Perregaux (Oran) le 16 mai 1920. Ses grands-parents ont quitté l’Alsace en 1870 à la suite de la défaite et sont partis s’installer dans l’Oranais. René a passé toute son enfance dans cette petite communauté coloniale. Mais passée la vingtaine, il est hospitalisé de manière quasi ininterrompue dans différents établissements en Algérie dont l’hôpital régional d’Orléansville puis celui de Blida pour des troubles mentaux, relevant de la catégorie de la schizophrénie. En 1963, plus d’un an après l’Indépendance, il est rapatrié avec plus de cent-cinquante autres malades, hommes et femmes psychiatrisés à l’hôpital de Blida, vers l’Hôpital psychiatrique privé du Bon-Sauveur à Picauville dans la Manche. Le certificat d’entrée précise : « Délire chronique de structure imprécise à thème hypocondriaque ». René L. demeure tout le reste de sa vie à Picauville.

De René ne nous reste que cette quarantaine de dessins ; quel texte composent-ils ?
Une exposition pour résoudre l’énigme. Partir à la recherche de René L. mais non dans les archives de l’Etat civil ou des institutions psychiatriques, mais chercher René dans l’Histoire, la grande. Celle qui fait l’objet de traités, celle qui dessine les villes, celle qui détermine nos existences.
Inventer René à partir des images, des documents, des archives, des œuvres. Ne pas avoir peur d’accrochages fragiles, d’associations improbables. Risquer l’histoire ; suivre René L. et peut-être de trace en trace, explorer une autre mémoire de notre présent. On y croise le philosophe Michel Foucault, l’écrivain Georges Perec, le psychiatre Frantz Fanon ou encore l’architecte Fernand Pouillon. On y entrevoit les œuvres de Sol LeWitt, Paul Klee …

—Commissaires : Philippe Artières, directeur de recherches au CNRS (Iris, EHESS, Paris-Condorcet) et Béatrice Didier, directrice du Point du Jour, centre d’art et éditrice

Site web : https://www.mucem.org/programme/exposition-et-temps-forts/histoires-de-rene-l